|
*
Basho
De
quel arbre en fleur
je
ne sais
mais
quel parfum
*
Le
corbeau d’habitude je le hais mais tout de même... ce matin sur la
neige...
ou
Qu'il
est beau
le
corbeau d'ordinaire haïssable
ce
matin de neige!
*
Brume
et pluie
Fuji
caché. Mais cependant je vais
Content
*
Ce
chemin
personne
ne le prend
que
le couchant d'automne
*
Comme il
est admirable
Celui qui ne pense pas: «La Vie est éphémère»
En voyant un éclair
En
route. La fièvre
de plaines brûlées
je rêve en errant
(Dernier poème de
Bashô)
Bashô
(1644-1694)
*
Bashô
nous a quittés
Depuis
lors
L'an
ne s'est pas terminé
Buson
*
Pour
écouter les insectes
Pour
écouter les humains nous ne mettons pas
Les
mêmes oreilles
Wafû
*
Pruniers en fruits
sur le chemin de l'école
Haleines sucrées
Jean-Pierre Poupas
*
Le rossignol !
Mes mains au-dessus de l'évier
S'interrompent
Chigetsu ni (1622-1706)
|
*
Shiki
Au papillon je propose
d’être mon compagnon
de voyage.
*
Pourquoi ne pas mourir
en mordant dans une pomme
face aux pivoines.
*
A
la lumière qu'on allume
les
ombres des poupées
une
ombre pour chacune
*
Ignorant
que
l'endroit fut illustre
un
homme sarcle le champs
*
Une
houe laissée là
personne
en vue-
la
chaleur!
*
Averse
d'été -
la
pluie s'abat
sur
la tête des carpes
*
Champs
et montagnes
mouillés
de pluie
une
aube fraîche
Shiki (1866-1902)
*
Ryokan
Les enfants bavards
ne l’attraperont jamais
la première luciole !
ramassant du bois
puis traversant le pont
dans la brume du soir
l'automne se termine
qui pourrait comprendre
ma mélancolie
le voleur parti
n'a oublié qu'une chose,
la lune à la fenêtre
A l'ombre des arbres
du mont Kugami, dans cette cabane
j'aimerais vieillir.
Le vent de l'été
Apporte dans ma soupe
Des pivoines blanches
Ryokan
Aujourd'hui,
je pars
Sans souci de ma vie,
Bouclier de l'empereur
(haïku très populaire chez les soldats japonais
de la guerre du Pacifique... comme quoi...)
|
L'horloge solaire
sur le mur du château -
garantie à vie
J. Claude César
*
musée-
les visiteurs attirés
par le cadre vide
Philippe Quinta
|
Après la tempête
Des feuilles d'arbres inconnus
Dans le jardin
Damien Gabriel
|
|
retour de mer
les baisers sont salés
les doux seront pour le p'tit dèj'
boîte aux lettres
vide
pas même un lézard
l'été est loin
Denise
Dudon
|
*
me
voici
là où le bleu de la mer
est sans limite
Santoka
|
|
|
La fleur est si belle
Que je n'ose troubler l'harmonie de l'univers
En la cueillant
*
Vois combien je t'aime:
Je frôle ton doux fruit,
Qui de plaisir se gonfle.
Vahé Zartarian
|
|
L’un
sur son socle
l’autre
qui le regarde
Dans
le ruisselet
mes
doigts de pieds respirent
mais
pas la tête
Luc
Rose
|
j'ai balayé les feuilles mortes
ceux qui passent
ne se rendent compte de rien
Hosaï
*
Même aux jours pluvieux
Le pèlerin avance
Dans la pluie
Sasaki Toshimitsu
|
|
fin d'automne ...
sentir encore une fois
l'herbe coupée
Serge TOME
|
 |
|
Plage ensoleillée
Coulent sur le corps de femme
Les yeux du garçon
D. Chipot
*
à mon bureau,
camouflé derrière des piles
je travaille mes rêves
Patrick Palaquer
|
Déjeuner de
noix
au petit matin de septembre
dans le chemin
Premiers bourgeons
délicatement elle ouvre
son chemisier
Ces champs
que l'on roule en boules
vers la fin d'août
Daniel Py
entre la jupe
et le tee-shirt
son nombril me regarde
pendant l'amour
le chant des cigales
et après aussi
Yves Gerbal
|
|
Tout a brûlé
heureusement, les fleurs
avaient achevé de fleurir.
Hokushi
|
Soleil vertical
Le reptile en s'étirant
lézarde la pierre
Nicole HERAULT
|
|
d'une
empreinte de pied
un crabe se méfie
à marée basse
Rofu
*
A petits coups de crocs
La mer mordille
Les jambes des baigneuses
Alain Kervern
*
je lève la tête
l'arbre que j'abats
comme il est calme
Issekiro
*
Suis
descendu de ma
tour d'ivoire
et n'ai pas trouvé de monde
*
De
superbes jeunes filles
grimpent les marches de la bibliothèque
En short
J. Kerouac
*
à ses pieds
on vole les haricots
ah ! l'épouvantail
*
à ses pieds
on vole les haricots
ah ! l'épouvantail
Yayu
*
La
Belle-de-jour
Et
l'épouse qui n'est pas jalouse
C'est
beau
Kitô
*
Premier
rêve de l'année
Je
t'ai gardé secret
Seul,
j'ai souri
Shôu
*
Le
liseron
A
mis ses doigts sur le seau de mon puits
Je
dois aller emprunter l'eau du voisin
Chiyo-jo
*
Quand
l'aube pointe
la
luciole
devient
un insecte
Aon
*
les pupilles
du chat
comme des aiguilles
quelle chaleur !
Suikô
*
Même
devant l'Empereur
Son
galure, il ne l'ôte pas
L'épouvantail
Shirao
*
D'épouvantail
En
épouvantail
Ils
volent les moineaux
Sazanami
Plus
froide que la neige même
La
lune d'hiver
Sur
mes cheveux blancs
Jôsô
*
Oies
sauvages dans les nuages
Dans
la vallée, cris des canards mandarins
Chemin
de montagne
Sôgi
*
Oies
sauvages
Certes
vous mangeâtes mon orge
Mais
votre départ me rend chagrin
Yasui
|
Issa
Le
crapaud! on dirait
qu'il
va vomir
un
nuage
la mère du
moineau
lui réclamant son enfant
poursuit le chat
Le
vent du printemps découvre
les
fesses
Du
couvreur
Se
détachant dans le soir
sur
le pâle ciel bleu
rang
sur rang les montagnes d'automne
Un
humain
une
mouche
dans
la vaste chambre
Ne
tue pas la mouche
vois
comme elle tend
vers
toi les pattes
L'arracheur
de navets
montre
le chemin
avec
un navet
Un
monde de douleur et de peine
alors
même que les cerisiers
sont
en fleur
Lorsqu'on
est vieux
même
la longueur du jour
est
cause de larmes
Jusqu'à
mon ombre
et
pleine de vigueur
ce
premier matin de printemps
De
quel air revêche
elle
me regarde
la
grenouille!
Avec
moi elle lute
A
qui fermera les yeux le premier
la
grenouille
Si
l'on vient vous voler
Melons
à rafraîchir, changer-vous
En
grenouilles
Oie,
oie sauvage
Tu
l'as fait à quel âge
Ton
premier voyage?
L'oiseau
en cage
Les
yeux envieux
Zieutant
le papillon
Le
cerf secoue
Le
papillon
Et
ce rendort
Les
gamins imitant le cormoran
Sont
plus drôles
Que
les cormorans
comme
mon cœur est léger
comme l’air est frais.
du vin pour dormir
et que mes années s'en aillent
ou non que m'importe
je m’en félicite
cette année encore
les moustiques me dévorent
les pins
comme compagnons de vieillesse
crépuscule d’automne
le feu de charbon
l’âge décline
de la même manière
de mon vieux corps
même devant l’épouvantail
j’ai honte
quand on est vieux
même la longueur de la journée
est cause de larmes
il a remarqué que j’étais un vieillard
le moustique qui siffle
tout près de mes oreilles
à ma mort
soit le gardien de ma tombe
ô grillon
le jour de ma mort
chante mon chant funèbre
ô coucou des montagnes
Issa
(1763-1827)
|
|
 |
|
Tout
en larmes
Assis
il raconte
Sa
maman l'écoute
Hasuo
*
Ca,
ça
C'est
tout ce que j'ai pu dire
Devant
les fleurs du mont Yoshino
Teushitsu
*
Je
lève la tête
L'arbre
que j'abats
Comme
il est calme
Issekiro
*
sur les vitres
des traces de nez et de doigts
regardent encore la pluie
*
mon ombre
avec de plus longues jambes
ne me distancie pas
André DUHAIME
*
funérailles nationales
des milliers de personnes
apprennent le nom d'un poète
le bar est vide
le serveur lit son journal
je n'attends personne
je ferme un livre
je vais à la fenêtre
la nuit est grande
des fleurs à la main
saluer une inconnue
au cimetière
Carol LEBEL
|
Une fleur tombée
Remonte à sa branche
Non, c'est un papillon!
Moritake
Train du matin --
Entrant dans le tunnel
Tout à coup: mon visage
Marco Fraticelli
boules de naphtaline:
dans les placards
on range l'hiver
Marie-Christine Mouranche
Le ciel dans l'eau.
Les poissons se faufilent
sous les nuages.
Jocelyne Villeneuve
silence
le bruit d'un oiseau
sautillant sur les feuilles mortes
Ryushi
Ce bouquet de fleurs
aplati dans la grand-rue
pour qui était il?
Patrick Blanche
*
Dans la neige fraîche
près du métro, mille flèches:
pattes de pigeons.
Les fourmis courent,
courent sur le patio
tellement immense.
Robert MELANÇON
|
|
Buson
Cheminant
par la vaste lande
les
hauts nuages
pèsent
sur moi
*
brouillard
matinal
dans le village aux mille avant-toits
les bruits du marché
*
J'allais
au cerisier en fleur
le
dormis sous eux
tel
fut mon loisir
*
Devant
le volubilis il est homme
à déposer son balai à terre.
*
L'hiver est sec
Le corbeau noir
Le héron blanc
*
Les
fleurs de prunier disparues
comme
il est solitaire
le
saule!
*
Pour chanter
le rossignol
n'ouvre
qu’un petit bec.
*
matin de neige
de la fumée monte de la cuisine
réjouissante
*
Pluie
de printemps
un
parapluie et un manteau de paille
vont
ensemble devisant
*
Quelle joie
De traverser à gué la rivière en été
Sandales en
mains
*
Soir
d'automne -
il
est un bonheur aussi
dans
la solitude *
Devant
le chrysanthème blanc
les
ciseaux un instant
hésitent *
Quand
le vent souffle au nord
les
feuilles mortes
fraternisent
au sud *
Le
foulard de la fillette
Trop
bas sur les yeux
Un
charme fou
Buson
(1715-1783)
*
L'épouvantail
au loin -
il
allait avec moi
tandis
que j'allais
Sanin
|
La
femme sans enfants
comme
elle est tendre
avec
les poupées!
Ransetsu
*
le grand vent emporte
toutes les grandes pensées
les petites restent
Jacques Bussy
*
A moitié petite,
La petite
Montée sur un banc.
Paul Éluard
*
Durant la sieste
nous étions ennemis farouches
la mouche et moi
Bruno Hulin
*
Avec l'air du printemps
Je gonfle
Le pneu de mon vélo
Sasaki Toshimitsu
*
Hiroshima en automne
Soudain un crépuscule
Couleur sanguine
Le serpent s'esquiva
Mais le regard qu'il me lança
Resta dans l'herbe
Takahama Kyoshi
*
La
où je vis
il
y a plus d'épouvantails
que
d'humains
Chasei
*
"Ces billets de vingt, de cinq cents, de mille.
Je ne les chiffonnerais pas comme lui",
Se dit le pas riche.
*
Le cocher laisse
monter la montée.
Il oublie que le cheval déçu
Espérait ici son coup de fouet.
*
Napoléon jeune
sur l'image.
"Pauvre, disent-elles,
Tout ce qu'il a encore à faire!"
Jean Paulhan
*
|
|
“Cent
visions de guerre”, 1916
Dans
un trou du sol, la nuit,
En face d'une armée immense,
Deux hommes.
Hier
sifflant aux oreilles,
Aujourd'hui dans le képi,
Demain dans la tête
Rumeurs
de veuves, d'orphelins,
Bourdonnantes, comme un essaim,
Sur ces pauvres corps déteints.
Sur
son chariot mal graissé,
L'obus très haut, pas pressé,
Au-dessus de nous a passé
La
mort dans le cœur,
L'épouvante dans les yeux,
Il se sont élancés de la tranchée.
Avec
la terre
Leurs corps célèbrent des noces
Sanglantes.
Dans
ses yeux déjà voilés
L'affreux souvenir a passé
De la femme et des petiots...
Deux
levées de terre,
Deux réseaux de fil de fer:
Deux civilisations.
Julien
Vocance
|
L'escalier
de bois,
Nous le montions ensemble.
Son écho me fait mal.
Dans
la plaine noire
un petit pêcher rose
fait à lui tout seul tout le printemps
Tu
es trop petit, chaton, pour savoir.
Ne mords pas là-dedans :
C'est ta queue.
Rangées
par ordre de grosseur,
Une collection de fesses
Cueillent les haricots
René
Maublanc
|
|
La
nuit est-elle finie?
Je soulève la bâche.
Éblouissement
Une
prison. Des abattoirs.
Une patrouille au fond de la rue.
Oh! vite vivre...
Le
vieux canal
Sous l'ombre monotone
S'est vert-de-grisé.
D'une
main elle bat le linge
Et de l'autre rajuste
Ses cheveux sur son front
A
la lisière de la forêt
Les grands sapins
Présentent les armes
Au
débouché du pont...
Nom de Dieu! c'est aussi beau
Que toute l'Espagne!
Paul-Louis
Couchoud
|
Flaque
d'eau sans un pli.
Le coq qui boit et son image
Se prennent par le bec.
René Sabiron
Oh!
le beau papillon de nuit!
Il va se brûler les ailes...
Vite, je souffle sur la bougie!
Victor Goloubeff
Maison
fermée.
Craquement de meubles.
Dialogues des morts.
Jean Breton
Je
me tais. J'écoute
Un pas qui vient sur la route
Et mon cœur qui bat.
Anonyme
Avril!
Tiens, il a encore neigé cette nuit?
Non! une haie d'aubépine en fleurs.
Jean Bach-Sisley
Les
molécules de la rivière
Gardent-elles le souvenir
Des ombres d'arbres caressées?
Henri Druart
|
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|
|
Ma
femme elle même
a
l'air en visite
ce
matin de printemps
Isô
|
"C'est
le vent de printemps"
disent
maître et valet
ensemble
cheminant
Taigi |
|
Une
fleur tombée
remonte
à sa branche!
non
c'était un papillon
Morikate
|
Mon
âme plonge dans l'eau
et
ressort
avec
le cormoran
Onitsura
|
|
Même
mon ombre
est en pleine forme
premier matin de
printemps.
Jissa
Le saule peint le vent
sans pinceau.
Saryu
|
Accroupie
elle guette
Les
nuages
La
grenouille
Chiyo-jo
Dans
la feuille de patate douce
Elle
enveloppe sa vie
La
goutte d'eau
Kikaku
Femmes
en train de planter le riz -
tout
est sale en elles
excepté
leur chant
Raizan
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|
La voiture abrite
deux amants, seule
la buée est pudique
Nue on entre en elle
telle une truite
entre deux pierres moussues
Ô senteurs de juin!
fleurs du sureau? seins
de vierge? églantines? foin?
Champ de seigle soyeux
le jardin secret
d'une blonde aux yeux bleus
La brouette renversée
fait la grève
sur le tas
José Chanly
|
La
pluie qui rigole
En glissant sur les carreaux
C'est d'une tristesse...
Dorothy LEIGH
Au petit matin
les draps froissés de caresses
sens dessus-dessous.
Elie DUVIVIER
La flamme était haute
De celui que j'ai perdu:
Je m'y chauffe encore.
André Cuisenier - 1921.
Mes amis sont morts.
Je m'en suis fait d'autres.
Pardon...
René Maublanc
|
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