Organisationdes procédures
disciplinairesdans les collèges,
les lycées et les établissements régionaux d’enseignement adapté


C. n°2000-105 du 11-7-2000
NOR : MENE0001706C
RLR : 551-2
MEN - DESCO - DAJ

Réf. : L. n° 89-486 du 10-7-1989 mod. ; D. n° 85-924 du 30-8-1985 mod. ; D. n° 85-1348 du 18-12-1985 mod. ;
C. n° 97-085 du 27-3-1997


Texte adressé aux rectrices et aux recteurs d’académie ; au directeur de l’académie de Paris ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie, directrices et directeurs des services départementaux de l’éducation nationale ;
aux inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale; aux chefs d’établissement


PRÉAMBULE

  Les équipes éducatives éprouvent des difficultés sans cesse accrues pour porter remède aux comportements inadaptés et parfois violents de certains élèves. Les sanctions prononcées varient considérablement d’un établissement à l’autre et les exclusions sont de plus en plus nombreuses. Il convient donc de pouvoir mettre en œuvre des dispositifs mieux adaptés, pour répondre à ces comportements.

  En outre, il a paru utile de renforcer les réponses apportées par les établissements à ces difficultés, en vue d’éviter un recours systématique aux procédures des signalements à la justice qui, à terme, risquent de ne plus produire les effets escomptés.

  La circulaire n° 97-085 du 27 mars 1997 a amorcé l’évolution des pratiques en matière de sanctions vers plus de cohérence et d’efficacité en définissant des mesures alternatives au conseil de discipline. Au vu de l’expérience acquise depuis la mise en œuvre de ce texte, il a paru nécessaire de consolider cette procédure en lui conférant une base réglementaire. Tel est l’objet des modifications qui viennent d’être apportées au décret du 30 août 1985 relatif aux établissements publics locaux d’enseignement et au décret du 18 décembre 1985 relatif aux procédures disciplinaires dans les collèges, les lycées et les établissements d’éducation spéciale.

  La cohérence, la transparence et l’effectivité du régime des sanctions sont, en effet, des conditions indispensables à l’acceptation par l’élève des conséquences de la transgression qu’il a commise et à l’instauration d’une valeur formatrice et pédagogique de la sanction, qui s’inscrit ainsi dans la mission éducatrice de l’école.

  Le respect des principes généraux du droit permet de conforter les pratiques démocratiques dans la mise en œuvre des sanctions et des punitions dans les établissements scolaires. Il permet d’éviter également, chez les élèves et parfois dans les familles, l’incompréhension et le sentiment d’injustice qui contribuent à fragiliser la notion même d’autorité, comme sa légitimité, et peuvent en conséquence générer des manifestations de violence.

  Il n’est pas acceptable en effet, que les punitions ou sanctions disciplinaires échappent à la règle, parce qu’elles ne sont pas prévues au règlement intérieur ou infligées en dehors du cadre d’une procédure préalablement établie.

  Il s’agit donc de présenter le nouveau régime des sanctions et des actions disciplinaires, mais aussi de mieux l’inscrire dans une logique éducative visant à impliquer l’élève dans une démarche de responsabilité vis à vis de lui-même comme vis à vis d’autrui, tout en assurant la justice et la pertinence des réponses apportées par la communauté éducative aux manquements à la règle.

  Le conseil de discipline de chaque établissement devient une instance autonome distincte de la commission permanente et est allégé dans sa composition. Ce conseil pourra prendre d’autres sanctions que celles qui ont pour objet l’exclusion de l’établissement. Il pourra également assortir ses décisions de mesures alternatives qu’il revient au règlement intérieur de définir.

  Il en va de même pour le chef d’établissement qui, en outre, pourra dans certaines circonstances décider de réunir le conseil de discipline en dehors de l’établissement et, dans des cas exceptionnels, saisir non pas le conseil de discipline de l’établissement, mais un conseil de discipline départemental. Ce dernier est doté des mêmes attributions et se réunit sous la présidence de l’inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’Education nationale ou de son représentant. Les décisions de ces deux instances restent soumises aux mêmes procédures d’appel auprès du recteur d’académie.

  Les dispositions de la présente circulaire entreront en vigueur de manière progressive et au plus tard au 1er janvier 2001.

  En effet, chaque établissement devra en conséquence modifier son règlement intérieur pour tenir compte des nouvelles dispositions réglementant la procédure disciplinaire. Par ailleurs, les membres du conseil de discipline, dans sa nouvelle composition, seront élus au cours de la première réunion du conseil d’administration mis en place au titre de l’année scolaire 2000-2001.

  I - Rappel des principes généraux du droit

  Si la mise en oeuvre de la procédure disciplinaire relève de l’organisation propre aux établissements scolaires, elle ne saurait en revanche ignorer les principes généraux du droit qui s’appliquent à toute procédure.

  1.1 Principe de la légalité des sanctions et des procédures

  Déterminer l’ensemble des mesures et des instances disciplinaires par voie réglementaire et fixer la liste des punitions scolaires et des sanctions disciplinaires dans le règlement intérieur de chaque établissement scolaire relèvent du principe de légalité des sanctions et des procédures. Inscrites dans un cadre légal, les sanctions ne sauraient s’appliquer de façon rétroactive et peuvent faire l’objet d’un recours administratif interne, et, pour celles qui ont pour effet d’interrompre de manière durable la scolarité de l’élève, d’un recours devant la juridiction administrative.

  Le respect de ce principe général du droit met chacun en mesure de savoir ce qu’il risque lorsqu’il commet une transgression. C’est dans ces conditions seulement que l’adage “nul n’est censé ignorer la loi” peut trouver son application à l’école.

  Il permet en outre de proscrire en matière de punition scolaire et de sanction disciplinaire les pratiques individuelles et marginales qui sont susceptibles de contredire le projet éducatif de l’établissement et de générer de l’incompréhension chez les élèves et leurs familles.

  1.2 Principe du contradictoire

  Avant toute décision à caractère disciplinaire, qu’elle émane du chef d’établissement ou du conseil de discipline, il est impératif d’instaurer un dialogue avec l’élève et d’entendre ses raisons ou arguments. La sanction doit se fonder sur des éléments de preuve qui peuvent faire l’objet d’une discussion entre les parties. La procédure contradictoire doit permettre à chacun d’exprimer son point de vue, de s’expliquer et de se défendre.

  Le ou les représentants légaux de l’élève mineur concerné sont informés de cette procédure et sont également entendus s’ils le souhaitent. Il est rappelé que devant les instances disciplinaires, l’élève peut se faire assister de la personne de son choix, notamment par un élève ou un délégué des élèves.

  Toute sanction doit être motivée et expliquée.

  1.3 Principe de la proportionnalité de la sanction

  La sanction doit avoir pour finalité de promouvoir une attitude responsable de l’élève et de le mettre en situation de s’interroger sur sa conduite en prenant conscience des conséquences de ses actes.

  Il est donc impératif que la sanction soit graduée en fonction de la gravité du manquement à la règle et du fait d’indiscipline. Ainsi, le fait qu’un élève ait déjà été sanctionné ne justifie pas à lui seul qu’une sanction lourde soit prononcée pour un  nouveau manquement de moindre gravité.

  Il convient à cet effet d’observer une hiérarchie entre les atteintes aux personnes et les atteintes aux biens, les infractions pénales et les manquements au règlement intérieur, pour ne pas aboutir à des confusions ou des incohérences dans l’échelle des valeurs à transmettre.

  Il sera utile de se référer au registre des sanctions disciplinaires qui constitue un gage de cohérence interne spécifique de l’établissement afin d’éviter des distorsions graves dans le traitement d’affaires similaires et permet de se situer dans un créneau de mesures possibles.

  1.4 Principe de l’individualisation des sanctions

  Toute sanction, toute punition s’adressent à une personne ; elles sont individuelles et ne peuvent être,  en aucun cas,  collectives.

  Individualiser une sanction, c’est tenir compte du degré de responsabilité de l’élève, de son âge et de son implication dans les manquements reprochés ainsi que de ses antécédents en matière de discipline. On ne sanctionne pas uniquement en fonction de l’acte commis, mais également et surtout s’agissant de mineurs, en considération de la personnalité de l’élève et du contexte de chaque affaire.

  Mais la réponse apportée en fonction de la gravité des faits reprochés ne doit pas aboutir à une “tarification” des sanctions, car il serait alors porté atteinte au principe de l’individualisation des sanctions.

  La sanction doit avoir en effet pour finalité :

  - d’attribuer à l’élève la responsabilité de ses actes, et de le mettre en situation de s’interroger sur sa conduite en prenant conscience de ses conséquences ;

  - de lui rappeler le sens et l’utilité de la loi ainsi que les exigences de la vie en collectivité (respect de la société et des individus, nécessité de vivre ensemble de manière pacifique).

  II - LES PUNITIONS SCOLAIRES ET LES SANCTIONS DISCIPLINAIRES

  Par commodité de langage, les punitions scolaires sont distinguées des sanctions disciplinaires proprement dites.

   Ainsi, dans un établissement scolaire, des faits d’indiscipline, des transgressions ou des manquements aux règles de la vie collective peuvent-ils faire l’objet soit de punitions, qui sont décidées en réponse immédiate par des personnels de l’établissement, soit de sanctions disciplinaires qui relèvent du chef d’établissement ou des conseils de discipline.

   C’est pourquoi il est demandé que le règlement intérieur de chaque établissement comprenne des dispositions relatives tant aux punitions scolaires susceptibles d’être prononcées qu’aux sanctions disciplinaires proprement dites. Une telle rédaction des règlements intérieurs est susceptible de donner au régime disciplinaire la cohérence qui est indispensable à l’acceptation par les élèves des conséquences des fautes qu’ils peuvent commettre.

  Les sanctions ne prennent en effet sens et efficience que lorsqu’elles s’inscrivent réellement dans un dispositif global explicite et éducatif, au travers duquel se construisent respect d’autrui, sens de la responsabilité et respect de la loi.

  Il convient de prévoir également des mesures positives d’encouragement prononcées par le conseil de classe, qui pourront être définies dans le cadre du règlement intérieur.

  2.1 Conditions de mise en œuvre

  À toute faute ou manquement à une obligation, il est indispensable que soit apportée une réponse rapide et adaptée : par une réaction et une explication immédiates, il importe de signifier à l’élève que l’acte a été pris en compte.

  Dans le même temps, le ou les responsables légaux des mineurs doivent être informés et, s’ils le demandent, pouvoir rencontrer un responsable de l’établissement.

  Pour assurer cohérence et harmonisation des pratiques en matière disciplinaire, aussi bien dans la durée qu’entre les différentes classes d’un même établissement, une échelle des punitions et des sanctions figure au règlement intérieur.

  Les punitions scolaires doivent être distinguées des sanctions disciplinaires :

  - les punitions scolaires concernent essentiellement certains manquements mineurs aux obligations des élèves, et les perturbations dans la vie de la classe ou de l’établissement. Elles sont fixées par le règlement intérieur ;

  - les sanctions disciplinaires concernent les atteintes aux personnes et aux biens et les manquements graves aux obligations des élèves. Le règlement intérieur doit reprendre la liste des sanctions fixées par les 2ème et 3ème alinéas de l’article 3 du décret du 30 août 1985 modifié.

  2.2 Les punitions scolaires

  Considérées comme des mesures d’ordre intérieur, elles peuvent être prononcées par les personnels de direction, d’éducation, de surveillance et par les enseignants ; elles pourront également être prononcées, sur proposition d’un autre membre de la communauté éducative, par les personnels de direction et d’éducation.

  La liste indicative ci-après peut servir de base à l’élaboration des règlements intérieurs des établissements :

  - inscription sur le carnet de correspondance ;

  - excuse orale ou écrite ;

  - devoir supplémentaire assorti ou non d’une retenue ;

  - exclusion ponctuelle d’un cours. Elle s’accompagne d’une prise en charge de l’élève dans le cadre d’un dispositif prévu à cet effet. Justifiée par un manquement grave, elle doit demeurer tout à fait exceptionnelle et donner lieu systématiquement à une information écrite au conseiller principal d’éducation et au chef d’établissement ;

  - retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait.

  Toute retenue doit faire l’objet d’une information écrite  au chef d’établissement.

  Les devoirs supplémentaires effectués dans l’établissement doivent être rédigés sous surveillance.

  Les punitions infligées doivent respecter la personne de l’élève et sa dignité : sont proscrites en conséquence toutes les formes de violence physique ou verbale, toute attitude humiliante, vexatoire ou dégradante à l’égard des élèves.

  Il convient également de distinguer soigneusement les punitions relatives au comportement des élèves de l’évaluation de leur travail personnel. Ainsi n’est-il pas permis de baisser la note d’un devoir en raison du comportement d’un élève ou d’une absence injustifiée. Les lignes et les zéros doivent également être proscrits.

  2.3 Les sanctions disciplinaires

  Les sanctions sont fixées dans le respect du principe de légalité et doivent figurer dans le règlement intérieur de l’établissement.

  L’échelle des sanctions est celle prévue par le décret du 30 août 1985 modifié :

  - avertissement,

  - blâme,

  - exclusion temporaire de l’établissement qui ne peut excéder la durée d’un mois, assortie ou non d’un sursis total ou partiel,

  - exclusion définitive de l’établissement assortie ou non d’un sursis.

  Le blâme constitue une réprimande, un rappel à l’ordre verbal et solennel, qui explicite la faute et met l’élève en mesure de la comprendre et de s’en excuser. Adressé à l’élève en présence ou non de son ou ses représentants légaux par le chef d’établissement, il peut être suivi d’une mesure d’accompagnement d’ordre éducatif.

  Lorsque le sursis est accordé, la sanction est prononcée, mais elle n’est pas mise en exécution, dans la limite de la durée du sursis, en cas de sursis partiel. Il est précisé que la récidive n’annule pas le sursis. Elle doit donner lieu à l’engagement d’une nouvelle procédure disciplinaire.

  Le chef d’établissement transmettra au recteur d’académie, sous couvert de l’inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’éducation nationale, les procès verbaux des conseils de discipline et un état trimestriel des exclusions éventuellement prononcées avec leurs motifs.

  Dès lors que les punitions et les sanctions qui peuvent être prononcées dans l’établissement scolaire sont clairement définies, toute mesure qui a pour effet d’écarter durablement un élève de l’accès au cours et qui serait prise par un membre des équipes pédagogique et éducative en dehors des procédures réglementaires décrites dans la présente circulaire, est assimilable à une voie de fait susceptible d’engager la responsabilité de l’administration.

  2.4 Les dispositifs alternatifs et d’accompagnement

  2.4.1 Les commissions de vie scolaire

  Les commissions de vie scolaire mises en place en application de la circulaire du 27 mars 1997 peuvent utilement compléter le dispositif prévu par les nouvelles dispositions. Il est souhaitable que l’ensemble des membres de la communauté éducative soit représenté dans ces commissions, y compris les personnels ATOSS. Dans les conditions définies par le conseil d’administration, leur champ de compétence pourrait être étendu, par exemple à la régulation des punitions, au suivi de l’application des mesures d’accompagnement et de réparation, ainsi qu’à l’examen des incidents impliquant plusieurs élèves.

  Elles pourraient également assurer un rôle de modération, de conciliation, voire de médiation. Elles pourront enfin donner un avis au chef d’établissement concernant l’engagement de procédures disciplinaires.

   2.4.2 Les mesures de prévention, de réparation et d’accompagnement

  Le règlement intérieur peut prévoir des mesures de prévention, des mesures de réparation prononcées de façon autonome. Il peut également prévoir des mesures de réparation ou d’accompagnement prononcées en complément de toute sanction.

  Ces mesures peuvent être prises par le chef d’établissement ou le conseil de discipline, s’il a été saisi.

  Les mesures de prévention

   Il s’agit de mesures qui visent à prévenir la survenance d’un acte répréhensible (exemple : la confiscation d’un objet dangereux). L’autorité disciplinaire peut également prononcer des mesures de prévention pour éviter la répétition de tels actes : ce peut être d’obtenir l’engagement d’un élève sur des objectifs précis en termes de comportement. Cet engagement donne lieu à la rédaction d’un document signé par l’élève.

  Les mesures de réparation

  Comme l’a précisé la circulaire du 27 mars 1997, la mesure de réparation doit avoir un caractère éducatif et ne doit comporter aucune tâche dangereuse ou humiliante. L’accord de l’élève et de ses parents, s’il est mineur, doit être au préalable recueilli. En cas de refus, l’autorité disciplinaire prévient l’intéressé qu’il lui sera fait application d’une sanction.

  Le travail d’intérêt scolaire,

  Mesure de réparation, il constitue également la principale mesure d’accompagnement d’une sanction notamment d’exclusion temporaire ou d’une interdiction d’accès à l’établissement.

   En effet, cette période ne doit pas être pour l’élève un temps de désoeuvrement, afin d’éviter toute rupture avec la scolarité. L’élève est alors tenu de réaliser des travaux scolaires tels que leçon, rédaction, devoirs, et de les faire parvenir à l’établissement selon des modalités clairement définies par le chef d’établissement en liaison avec l’équipe éducative.

  L’élève doit pouvoir à cette occasion rencontrer un membre de l’équipe pédagogique. En effet, un élève momentanément écarté de l’établissement reste soumis à l’obligation scolaire. Il convient donc de prévenir tout retard dans sa scolarité et de préparer son retour en classe.

  L’ensemble de ces mesures place ainsi l’élève en position de responsabilité. Elles ne peuvent être prescrites que si elles sont prévues au règlement intérieur.

  2.5 La réintégration de l’élève

  Il convient de veiller à ce que toute décision d’exclusion temporaire ou définitive soit accompagnée de mesures destinées à garantir la poursuite de la scolarité de l’élève et à faciliter sa réintégration.

  Ainsi, dans tous les cas où une mesure d’exclusion aura été prononcée, des modalités de dialogue et de médiation tant auprès des élèves que des enseignants devront être prévues :

  - pour faciliter le retour de l’élève dans sa classe ou une autre classe de l’établissement, s’agissant d’une exclusion temporaire ;

  - pour permettre une bonne intégration dans un autre établissement, en cas d’exclusion définitive. Il y a lieu à cet effet de s’appuyer, en particulier, sur le service social en faveur des élèves.

  Une bonne réintégration après une exclusion suppose que l’élève fasse l’objet pendant la période d’exclusion et à sa réintégration d’un suivi éducatif.

  Pour des situations particulièrement difficiles, les dispositifs relais peuvent constituer une réponse adaptée à la prise en charge des élèves pendant ces périodes.

  Il est rappelé qu’un élève exclu définitivement, même s’il n’est plus soumis à l’obligation scolaire, doit pouvoir terminer le cursus scolaire engagé, en particulier lorsque l’élève est dans une classe qui se termine par un examen. Le nouvel établissement d’affectation doit être déterminé par l’inspecteur d’académie, le plus tôt possible après le prononcé de la sanction.

  2.6 Le suivi des sanctions

  2.6.1 Le registre des sanctions

  Il est demandé à chaque établissement de tenir un registre des sanctions infligées comportant l’énoncé des faits, des circonstances et des mesures prises à l’égard d’un élève, sans mention de son identité.

  Ce registre est destiné à être mis à la disposition des instances disciplinaires à l’occasion de chaque procédure, afin de guider l’appréciation des faits qui leur sont soumis et de donner la cohérence nécessaire aux sanctions qu’elles décident de prononcer.

  Véritable mémoire de l’établissement, il constituera un mode de régulation et favorisera les conditions d’une réelle transparence.

  2.6.2 Le dossier administratif de l’élève

  Toute sanction disciplinaire constitue une décision nominative qui doit être versée au dossier administratif de l’élève. Ce dossier peut, à tout moment, être consulté par l’élève ou par ses parents, s’il est mineur. Hormis l’exclusion définitive, toute sanction est effacée automatiquement du dossier administratif de l’élève au bout d’un an.

  Il est rappelé que les lois d’amnistie concernent aussi les sanctions administratives et donc les sanctions disciplinaires prononcées par une autorité administrative. Elles entraînent l’effacement des sanctions prononcées. Les faits commis avant la date qu’elle fixe ne peuvent plus faire l’objet de poursuites disciplinaires. Les sanctions prononcées avant son entrée en vigueur sont regardées comme n’étant pas intervenues, de sorte que si un élève qui a fait l’objet d’une exclusion définitive d’un établissement sollicite une nouvelle inscription, cette demande ne peut être rejetée au motif de ladite sanction à laquelle l’administration ne peut plus faire référence.

 
III - INSTANCES ET PROCÉDURES DISCIPLINAIRES


  Afin d’améliorer les conditions de fonctionnement des instances disciplinaires, la composition du conseil de discipline est modifiée. En outre, la possibilité est donnée au chef d’établissement de le délocaliser et une nouvelle instance est créée, le conseil de discipline départemental, qui doit permettre à titre exceptionnel la prise en compte adaptée de situations locales particulières.

  3.1 Les instances

  3.1.1 Le chef d’établissement

  C’est au chef d’établissement qu’il revient d’apprécier, s’il y a lieu, d’engager des poursuites disciplinaires à l’encontre d’un élève. Il s’entoure à cet effet des avis de l’équipe pédagogique et, le cas échéant, de la commission de vie scolaire prévue ci-dessus (2.4.1).

  Les décisions qu’il prend à ce titre ne sont pas susceptibles de faire l’objet de recours en annulation devant le juge administratif, soit que le chef d’établissement renonce à poursuivre, soit qu’il décide d’engager une procédure disciplinaire.

  Lorsque le chef d’établissement, saisi par écrit d’une demande de saisine du conseil de discipline émanant d’un membre de la communauté éducative, décide de ne pas engager de procédure disciplinaire, il lui notifie sa décision motivée.

  Comme précédemment, le chef d’établissement peut prononcer, seul, c’est-à-dire sans réunir le conseil de discipline, les sanctions de l’avertissement ou de l’exclusion temporaire de huit jours au plus de l’établissement ou de l’un de ses services annexes. Il peut également prononcer une nouvelle sanction qui est le blâme et appliquer les mesures de prévention, de réparation et d’accompagnement prévues par le règlement intérieur.

  3.1.2 Le conseil de discipline

  Le conseil de discipline de l’établissement, qui n’est plus l’émanation de la commission permanente comprend : le chef d’établissement ou son adjoint, président, un conseiller principal d’éducation ou un conseiller d’éducation désigné par le conseil d’administration sur proposition du chef d’établissement, le gestionnaire, trois représentants des personnels dont deux au titre des personnels d’enseignement et un au titre des personnels administratifs, sociaux et de santé, techniques, ouvriers et de service, trois représentants des parents d’élèves et deux représentants des élèves dans les collèges, et deux représentants de parents d’élèves et trois représentants des élèves dans les lycées.

  Le conseil de discipline peut entendre, en tant que de besoin, des personnels qualifiés, susceptibles d’éclairer ses travaux : adjoint au chef d’établissement, directeur adjoint de SEGPA, représentant de la commune ou de la collectivité de rattachement, assistant(e) de service social, infirmière, médecin, conseiller d’orientation psychologue...

  Les représentants des personnels sont élus chaque année en leur sein par les membres du conseil d’administration appartenant à leurs catégories respectives. Cette élection est faite, hormis pour le représentant des personnels administratifs, sociaux et de santé, techniques, ouvriers et de service qui est élu au scrutin uninominal à un tour, au scrutin proportionnel au plus fort reste. Pour chaque membre élu du conseil, un suppléant est élu dans les mêmes conditions.

  Comme précédemment, le conseil de discipline peut, sur rapport du chef d’établissement, prononcer l’exclusion temporaire supérieure à huit jours et l’exclusion définitive de l’établissement. Toutefois, l’exclusion temporaire ne peut excéder la durée d’un mois. En outre, dès l’instant où le conseil de discipline a été saisi par le chef d'établissement, il peut désormais prononcer les mêmes sanctions que lui, ainsi que toutes les sanctions prévues au règlement intérieur. La procédure de renvoi de l’élève devant le chef d’établissement est ainsi supprimée.

  Le conseil de discipline peut également prescrire les mesures de prévention, de réparation et d’accompagnement prévues au règlement intérieur.

  3.1.3 Le conseil de discipline délocalisé

  Après avis de l’équipe éducative ou de la commission de vie scolaire, le chef d’établissement, en fonction de son appréciation de la situation et des risques de troubles qu’elle est susceptible d’entraîner dans l’établissement et à ses abords, peut décider de délocaliser le conseil de discipline dans un autre établissement ou, le cas échéant, dans les locaux de l’inspection académique.

  3.1.4 Le conseil de discipline départemental

  Il est apparu que, dans certains cas particulièrement difficiles, ou situations potentiellement violentes, le fait de réunir dans sa composition habituelle le conseil de discipline risque d’entraîner un accroissement des violences.

  C’est pourquoi il a été décidé d'instaurer un conseil de discipline départemental, que le chef d'établissement, disposant de l'opportunité des poursuites, peut saisir en lieu et place du conseil de discipline de l’établissement, dans les conditions prévues à l'article 31 du décret du 30 août 1985 modifié.

  En cas d’atteinte grave portée par un élève aux personnes ou aux biens, et lorsque le chef d’établissement estime que la sérénité du conseil de discipline n’est pas assurée ou que l’ordre et la sécurité dans l’établissement seraient compromis, il peut saisir le conseil de discipline départemental dans les cas suivants :

  - l’élève a fait l’objet d’une sanction d’exclusion définitive de son précédent établissement

  ou

  - il fait parallèlement l’objet de poursuites pénales en raison des mêmes faits.

  Cette procédure doit conserver un caractère exceptionnel.

  Le conseil de discipline départemental a les mêmes compétences et est soumis à la même procédure que le conseil de discipline de l’établissement.

  Il comprend, outre l’inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’éducation nationale, ou son représentant, président, deux chefs d’établissement, deux représentants des personnels d’enseignement, un représentant des personnels ATOSS, un conseiller principal d’éducation, deux représentants des parents d’élèves et deux représentants des élèves ayant tous la qualité de membre d’un conseil de discipline d’établissement.

  Ils sont nommés pour un an par le recteur d’académie. Celui-ci, en tant que de besoin, peut recueillir des propositions auprès des associations représentées au conseil de l’éducation nationale institué dans le département pour les représentants des parents d’élèves, auprès du conseil académique de la vie lycéenne pour les représentants des élèves et auprès des organisations syndicales représentatives au niveau départemental pour les représentants des personnels.

  Le conseil de discipline départemental siège à l’inspection académique.

  3.1.5 Procédure d’appel

  Comme auparavant, les sanctions d’exclusion temporaire supérieures à huit jours ou d’exclusion définitive peuvent être déférées, dans un délai de huit jours, devant le recteur d’académie, soit par la famille ou l’élève s’il est majeur, soit par le chef d’établissement. Le recteur d’académie prend sa décision après avis de la commission d’appel académique. Il est à noter que désormais le recteur peut se faire représenter pour présider la commission d’appel. Il veille à ce que ce représentant ne soit pas déjà membre de la commission.

  La procédure devant la commission académique d’appel est la même que celle qui est prévue devant les conseils de discipline.

  3.2 Articulation entre procédures disciplinaires et poursuites pénales

  Ces procédures sont indépendantes et une sanction disciplinaire peut être infligée à un élève sans attendre l’issue des poursuites pénales, dès lors que les faits ainsi que leur imputabilité à l’élève en cause sont établis.

  L’article 9 du décret du 18 décembre 1985 a été modifié pour ne plus rendre automatique la suspension de la procédure disciplinaire en cas de contestation sur la matérialité des faits reprochés ou sur leur imputation.

  Ce n’est qu’en cas de contestation sérieuse sur ces points que le chef d’établissement peut reporter la procédure disciplinaire à l’échéance des poursuites pénales. Il peut donc, le cas échéant, estimer que la contestation notamment de l’élève ou de ses représentants légaux n’est pas fondée et, sans attendre l’issue des poursuites pénales, engager des poursuites disciplinaires.

  À cet égard, il faut souligner que le simple signalement ou le dépôt de plainte auprès des autorités de police ne suffisent pas à déclencher les poursuites pénales. Par poursuites pénales, il faut entendre les poursuites diligentées par le Parquet, c’est-à-dire la citation devant une juridiction de jugement quel qu’en soit le mode (citation directe, comparution immédiate, convocation par officier de police judiciaire ou convocation par procès-verbal), l’ouverture d’une information judiciaire et la mise en examen. Avant d’envisager la suspension des poursuites disciplinaires, il convient donc de s’assurer que des poursuites pénales sont effectivement engagées.

  À cet égard, les circulaires interministérielles Justice-Education nationale des 4 mai 1996 et 2 octobre 1998 insistent sur la nécessité pour l’autorité judiciaire d’informer les autorités académiques ainsi que les chefs d’établissement des suites judiciaires données à leurs signalements.

  Si des poursuites pénales sont engagées, le chef d’établissement peut comme auparavant décider, à titre conservatoire, d’interdire l’accès de l’établissement à l’élève, jusqu’à ce que la juridiction pénale saisie se soit prononcée.

  Cette mesure peut donc se prolonger pendant une durée incompatible avec les obligations scolaires de l’élève, qui demeure inscrit dans l’établissement. Le chef d’établissement doit en ce cas veiller à assortir sa décision des mesures d’accompagnement ci-dessus décrites, et exiger de l’élève qu’il vienne régulièrement remettre dans l’établissement les travaux d’intérêt scolaire qu’il lui aura été demandé d’effectuer. Compte tenu de la durée prévisible de la procédure pénale, une inscription au Centre national d’enseignement à distance (CNED) ou, sous réserve de l’accord des parents, un accueil dans un autre établissement scolaire, peuvent également être envisagés.

  Je vous demande de me saisir de toutes les difficultés que vous pourriez rencontrer dans la mise en œuvre des nouvelles dispositions réglementaires et de ces instructions.

  Pour le ministre de l’éducation nationale

  et par délégation,

  Le directeur de l’enseignement scolaire

  Jean-Paul de GAUDEMAR

  Le directeur des affaires juridiques

  Jacques-Henri STAHL

Annexe

  Fondements de la responsabilité pénale

Parallèlement à la procédure disciplinaire et de façon autonome, des poursuites pénales peuvent être engagées contre tous les élèves quel que soit leur âge.

  S’agissant d’élèves majeurs, les règles de droit commun s’appliquent. Les élèves de plus de 18 ans sont donc susceptibles d’être poursuivis devant le tribunal de police pour les contraventions, devant le tribunal correctionnel pour les délits, devant la cour d’assises pour les crimes.

  S’agissant d’élèves mineurs, leur responsabilité dans la commission d’infractions pénales peut être également recherchée, mais dans le cadre du régime spécifique et protecteur de l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante.

  La particularité de la  justice des mineurs s’exprime au travers de deux principes fondamentaux :

  - priorité des mesures éducatives sur les sanctions pénales,

  - règle de l’excuse de minorité qui ne fait encourir aux mineurs que la moitié de la peine prévue pour les majeurs.

  En outre, les dispositions légales sont d’autant plus protectrices que le mineur est plus jeune, ce qui implique d’opérer les distinctions suivantes :

  les mineurs de moins de 13 ans peuvent être amenés à comparaître devant le juge des enfants ou le tribunal pour enfants. Les juridictions ne pourront pas prononcer à leur égard de condamnations pénales mais uniquement des mesures d’assistance, surveillance, protection, éducation, telles que :

  - remise à parents ;

  - placement dans un établissement d’éducation, médical ou médico-psychologique, ou en internat ;

  - remise au service de l’Aide sociale à l’enfance.

  Cette procédure est bien évidemment réservée à des affaires particulièrement graves ou complexes.

  Pour les mineurs de 13 à 16 ans, les mesures éducatives précitées ou des sanctions pénales peuvent être mises en œuvre.

  Dans ce dernier cas, les mineurs bénéficient alors systématiquement de l’excuse de minorité. Ils peuvent être condamnés à des peines d’emprisonnement ferme, ou avec sursis simple ou bien sursis avec mise à l’épreuve, tâche de réparation, liberté surveillée et amende.

  Pour les mineurs de 16 à 18 ans, la juridiction de jugement peut choisir entre les mesures éducatives ou les sanctions pénales précitées. Il peut également être décidé de prononcer la peine de travail d’intérêt général. Le tribunal pour enfants ou la cour d’assises des mineurs ont la possibilité, à titre exceptionnel, par décision spéciale et motivée de ne pas appliquer l’excuse de minorité. Cette hypothèse est bien entendu réservée aux affaires extrêmement graves où les nécessités de la répression l’emportent sur les considérations éducatives.